Les tyrans se sont fait la malle, ils ont fait un trou à la lune.
La répression, la folie d'insoutenables tyrannies qui croyaient qu'une goutte de sang ne valait pas la moindre goutte de pétrole,
ont rougi l'écume des vagues du sang de ces hommes et de ces femmes qui ont sacrifié leur vie pour la liberté.
Au moment où l'on voit surgir et se rassembler une fraternité en marche pour balayer des décennies de dictature, où l'on voit
des peuples briser leurs chaînes et se doter d'outils pour construire librement et démocratiquement leur destinée,
on est en droit d'entrevoir une nouvelle espérance pour les générations à venir.
Etre à côté de tous, c'est oeuvrer pour demain. Faisons du théâtre l'urgence poétique de la vie.
L'art et la culture obéissent à cette idée de rassemblement autour des notions de partage, de générosité, d'inventivité et de découverte,
puisqu'ils ont pour fonction de nous transmettre une image critique et raisonnée, de proposer des choix, des aventures
de l'esprit et du savoir pour comprendre le monde et les sociétés qui nous entourent.
Les attrapeurs d'images et les paradistes, poètes et saltimbanques nous attendent
aux confluences de la rêverie, de l'utopie et de l'imaginaire.
Ils sont là pour nous indiquer la direction de l'essentiel, mais aussi pour nous faire la courte échelle et nous montrer ce qui
se passe ici, là-bas et ailleurs ; par leur talent, ils nous invitent et nous entraînent à aller plus loin, plus avant.
C'est parce que l'art représente une part du langage universel qu'il sait aussi bien susciter nos émotions.
Le théâtre défend une véritable action au service du vrai et du beau. Il est le miroir de nos
interrogations. Et de notre côté de la Méditerranée, les questionnements sont nombreux.
Au moment où les futures échéances électorales font grimper l'inquiétude, à l'heure où les débats
sur la laïcité sont pervertis et font gonfler les intolérances et les extrêmes, nos politiques
ont plus que jamais responsabilité et devoir de prendre conscience que seules l'éducation
et la culture sont le socle fondamental de notre démocratie qui doit en urgence remettre
l'humain au centre de ses préoccupations.
Que ce printemps venu d'outre-Méditerranée ne nous empêche pas de
penser que nos sociétés demeurent fragiles face à la montée des
intégrismes. Banaliser ce fléau sournois reviendrait à nous
entraîner vers le pire. Le Toursky alerte les élus
face à l'explosion qui
pourrait découler de l'abandon d'un
soutien financier fort envers la culture, l'un
des derniers remparts contre toutes les
formes de violence.
Allumons nos yeux et notre esprit.
Ensemble, restons vigilants.

Richard Martin