
Oser faire fleurir un théâtre dans un quartier
difficile représente un pari fou et des risques énormes.
Continuer à le faire fleurir constitue une promesse pour l'avenir.
Le Théâtre Toursky, créé par Richard
Martin qui rêvait d'installer dans un quartier populaire et blessé
une action théâtrale décentralisée, est reconnu
depuis de nombreuses années comme l'un des foyers les plus vivants
de la vie culturelle à Marseille.
Pendant 40 ans, menant un combat innovant hors des sentiers battus et des
chemins conventionnels, convaincu qu'un théâtre replié
sur ses propres valeurs et sa propre histoire est condamné à
l'épuisement, Richard Martin n'a cessé de se battre pour présenter
à tous les publics, y compris aux plus défavorisés,
les courants majeurs de la création théâtrale contemporaine
française mais aussi internationale. Sur ce plan, le Toursky est
un réceptacle extraordinaire d'artistes -français mais
aussi macédoniens, chypriotes, belges, roumains, italiens, espagnols,
russes, albanais, iraniens, palestiniens, israéliens, tunisiens,
algériens, marocains, turcs, colombiens, chiliens, québécois,
australiens, africains…- qui ont tous pour volonté de
nous apporter ce qu'ils ont de meilleur face à un monde qui s'épuise
et se tarit de plus en plus de son potentiel d'humanité. Des artistes
pour qui la guerre est un aveuglement, une faillite de l'intelligence, un
accroc dans l'homme et qui ont en commun de se faire entendre pour que ceux
qui attisent les haines et provoquent de véritables vindictes ethniques
et religieuses reviennent sur la radicalité de leur prise de position.
Chaque année, plus de 70 000 personnes, attirées par
la qualité de sa programmation et de ses activités annexes,
venues de tous horizons, de toutes catégories sociales, de Marseille,
des Bouches-du-Rhône et de bien au-delà fréquentent
notre théâtre.
On peut affirmer que le Toursky a une notoriété internationale
et tient un grand rôle dans la cité.
Grâce à ses multiples engagements sociaux sur le terrain -lutte
contre l'exclusion, l'obscurantisme et l'intolérance- le Toursky
tente d'être un rempart contre toutes les formes de violence et les
intégrismes. Il n'a cessé d'essayer de rendre le théâtre
accessible à tous et tisse des liens avec les habitants, les relais
associatifs et les différentes communautés ethniques du quartier,
de la ville, du département et de la région. Il s'est toujours
impliqué dans les problèmes de société.
Par ses actions, il a fait naître le respect de la population.
ll est devenu une salle mythique, une place culturelle forte, une ouverture
de parole pour le public, une agora démocratique de notre cité.
Toute action, pour s'inscrire dans l'avenir, exige permanence, compétences
multiples et garantie de stabilité financière.
Même si notre part de recettes propres devrait toujours être
satisfaisante (27,20 %), elle reste néanmoins insuffisante.
L'action artistique est dépendante des subventions des institutions
et l'aide publique est essentielle pour le développement de l'activité
artistique et l'inflation du coût des charges.
Par sa grève de la faim en octobre 2009 et par les actions
du Comité de soutien, Richard Martin a lancé une action dénonçant
la politique culturelle du gouvernement, et notamment son aspect budgétaire.
Ce sont tous les secteurs de la culture qui sont laminés par le rouleau
compresseur de la marchandisation.
Ce combat a été rejoint par des centaines d'artistes et de
compagnies, mais aussi par le public et de nombreux élus de toutes
obédiences. Plus de 100 000 personnes ont rejoint le Comité
de soutien car ce combat n'est pas seulement celui du Théâtre
Toursky, mais bien celui de l'ensemble des théâtres et acteurs
de la culture.
Conscients que l'action artistique dans les quartiers populaires n'est plus
une priorité de l'Etat, avec Jean Poncet, Richard Martin a voulu,
en entamant cette grève de la faim, alerter et réagir face
à la volonté orchestrée de détruire le maillage
culturel mis en place jusque dans les années 90.
Le principe de soutien public au théâtre vivant est intangible.
L'Etat, qui doit être le premier garant de l'accès égalitaire
aux pratiques culturelles, doit y engager sa totale responsabilité.
Cette direction régionale qui voulait barrer cyniquement d'un trait
de plume quarante années de travail, de créations, de compagnonnages,
d'aventures artistiques internationales a bien été obligée
de reconsidérer le dossier. Mais cependant, si on ne peut
hélas pas parler de victoire -seuls 65.000 euros ont été
rétablis sur les 185.000 euros injustement et brutalement retirés
par Jacques Baillon en 1995 pour “grief personnel”- quelque
chose de la dignité a été gagné.
Malheureusement cela ne suffit pas ! Malgré une gestion
rigoureuse, l'augmentation des charges, des salaires, la dégradation
de nos positions bancaires liée aux délais de plus en plus
tardifs des subventions des collectivités locales qui induisent des
frais bancaires, l'augmentation des fluides - eau, électricité,
téléphone, chauffage, frais postaux…- sont incompressibles.
La réalisation de nos objectifs -développer nos actions
culturelles, poursuivre notre politique d'initiation des différents
publics à toutes les formes d'art et de sensibilisation à
toutes les cultures, poursuivre la sécurisation de notre lieu et
de notre public, poursuivre notre politique tarifaire de lutte contre l'exclusion
ainsi que la poursuite de notre politique volontariste d'accès à
la culture pour tous- représente des charges de plus en plus
difficiles à assumer pour notre structure.

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